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« Suzanne : une histoire du cirque » mène sur les traces d’une voltigeuse toulousaine

Le théâtre Garonne accueillera le spectacle « Suzanne : une histoire du cirque », du 13 au 17 mars 2026. Imaginée par Anna Tauber et Fragan Gehlker, cette création hybride mêle théâtre, conférence et cinéma pour retracer le parcours d’une voltigeuse des années 1950, et offrir un second souffle à son art.

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Au centre du projet, une femme : Suzanne Marcaillou. Ancienne artiste de cadre aérien, elle présentait avec son mari Roger le duo Les Antinoüs, qui parcourut le monde entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1960. Après cette folle aventure, Roger est devenu taxi et Suzanne, secrétaire dans de grands hôtels de la Ville rose. Les archives de leurs tournées ont alors fini au grenier d’un immeuble toulousain, que le couple n’a jamais quitté. Aujourd’hui, ces témoignages du passé, complétés par des archives glanées par Anna Tauber, resurgissent sur scène.

Ni pièce classique, ni documentaire au sens strict, « Suzanne : une histoire du cirque » se présente comme une forme artistique volontairement poreuse. Sur scène, Anna Tauber propose une narration qui s’apparente à une enquête, ponctuée d’images, d’archives et de fragments filmés. L’ensemble adopte parfois la forme d’une conférence, où l’interprète raconte sa recherche et son cheminement personnel face à cette figure du cirque d’un autre temps.

Deux femmes réunies par le destin

En effet, le spectacle repose sur la relation entre deux femmes séparées par plusieurs décennies. Suzanne, figure emblématique d’une époque où le cirque reposait sur la virtuosité physique et la performance spectaculaire, dialogue indirectement avec Anna Tauber, artiste issue du cirque contemporain, plus réflexif et expérimental. Pourtant, à l’origine, ce n’est qu’un heureux hasard de voisinage qui a amené Anna Tauber à faire la connaissance de Suzanne à Toulouse, en 2017.

Cette rencontre constitue aujourd’hui l’un des axes dramaturgiques majeurs du projet. L’œuvre retrace la manière dont Suzanne a transmis son histoire, longtemps restée confidentielle, et comment cette mémoire a nourri la réflexion artistique du duo créateur. Le spectacle montre ainsi comment l’histoire personnelle d’une artiste peut devenir matière à création et ouvrir un regard plus large sur l’évolution du cirque.

Pour résumer le spectacle, Anna Tauber confie dans sa note d’intention : « Ce sera donc l’histoire de Suzanne (mais pas que), mon regard (mais pas que), nos échanges (mais pas que), et de nombreuses digressions ou pirouettes (surtout) car la vie dépasse toujours la fiction ».

Représentation « Relax » le dimanche 15 mars 2026.

du vendredi 13 mars au mardi 17 mars 2026
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Saison 2025/2026 • Théâtre

Saison 2025/2026 • Danse

Édito

Ouvrir le paysage

Qu’est-ce que la beauté ? « Quelque chose qui nous emmène au-delà du simple regard », écrit Jean-Luc Nancy. L’art serait alors cette brèche dans l’espace, une percée de l’imaginaire par laquelle affleure un monde à la fois inconnu et pourtant familier. Une œuvre a ce pouvoir singulier:créer une ouverture à l’intérieur de soi.

Essayer de voir ce qu’il y a derrière les choses — derrière les corps, les visages, les mots. Aller au-delà des formes, chercher un point de vue.Agrandir le champ, se rapprocher, ou au contraire, prendre du recul. Porter le regard loin devant, mais aussi se retourner. Regarder au-delà.

C’est ce que propose Ulla von Brandenburg avec Das Was Ist, installation qui a inspiré l’image de la saison en couverture de ce programme.Artiste entre deux mondes —le théâtre et les arts plastiques— elle incarne cette porosité entre les arts. Nous lui avons proposé un compagnonnage de trois ans, en lien étroit avec le musée des Abattoirs. Elle inaugurera la première édition de SCÉNO, temps fort dédié à la scénographie.

Sa présence souligne une conviction profonde: Garonne est avant tout un théâtre d’artistes. Un lieu où la création est centrale, avec tout ce qu’elle contient d’inattendu, de troublant, de stimulant. Les artistes sont des antennes sensibles, capables de capter les signaux du monde pour les transformer en formes nouvelles, en visions singulières sur le plateau.

Notre souhait au théâtre Garonne est de les accompagner au plus près. Cette saison, douze projets seront coproduits par le théâtre — soit presque la moitié de la programmation. Il nous semble essentiel de soutenir une grande pluralité de formes : naviguer entre danse, théâtre, performance, cirque, musique et arts plastiques. La moitié des artistes programmés cette saison se produiront pour la première fois à Garonne. Ils apportent à leur manière un souffle nouveau.

Et puisqu’il n’y a pas de théâtre sans public — que le public, par sa simple présence, fait advenir le théâtre — nous avons imaginé de nouvelles temporalités comme prolonger les séries ou inventer de nouveaux rendez-vous. C’est tout le sens des Avant-PremièresAvant Avignon : permettre au public de découvrir, mieux encore, de participer à l’éclosion des œuvres. Pour faire résonner aujourd’hui ce qui vibrera demain.

Les vingt-sept spectacles, venus des vingt-sept coins du monde, partagent— presque par hasard — des interrogations communes, des formats qui dialoguent: seul•es en scène, enquêtes, théâtres documentaires, spectacles à voir en famille, dispositifs vidéo-cinéma, autofictions, récits de justice, de résilience, scénographies vivantes.Et des expériences où le public devient acteur: cinq spectacles participatifs sont au programme, dont Ballet Jogging de Pierre Rigal, conçu pour cent cinquante joggeur•euses (passionné·es de course à pied, manifestez-vous!)

Ouvrir le paysage, c’est aussi élargir les alliances, renforcer les complicités à l’échelle de la ville, de la métropole, de la région. Je tiens à remercier ici tous nos partenaires : le ThéâtredelaCité, le Théâtre Sorano, Odyssud, La Place de la Danse, les Abattoirs, L’Usine, la Grainerie, la librairie Ombres blanches, le NeufNeuf, le Centre James Carlès, l’Université Toulouse Jean-Jaurès, lesÉditions Anacharsis, la Cinémathèque, le Cratère, le Centre culturel Bonnefoy, L’Escale,le Muséum, le GMEA, un pavé dans le Jazz, Music’Halles, Cinélatino,Marionnetissimo.

Au-delà du plaisir de faire ensemble, de partager nos enthousiasmes et de faire circuler les publics, ces collaborations prennent un sens vital dans un contexte budgétaire tendu. Les coupes que nous avons subies cette année fragilisent nos équilibres. Si elles devaient se prolonger, c’est tout le paysage du spectacle vivant à Toulouse qui en serait transformé. Il est nécessaire d’engager une réflexion collective. Imaginer, avec nos financeurs et partenaires, de nouveaux soutiens ou de nouvelles configurations possibles.

Ouvrir le paysage : quel étrange paradoxe du théâtre, qui, pour ouvrir l’horizon, aurait recours au plateau, un lieu clos par nature. Depuis les grecs, et bien avant eux dans les grottes, nous avons inventé des espaces pour qu’ils tiennent le rôle de seuil vers d’autres mondes. Nous sommes ici— publics et artistes — sur ce seuil. Et quelque chose peut s’ouvrir, à nouveau.

Aurélien Bory

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