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Mardi 17 Septembre 2019

Théâtre du Capitole

Norma, le sommet du bel canto romantique italien

Par Michel Grialou

Archives consultées, autant dire que le chef-d’œuvre reconnu de Vincenzo Bellini ne brille pas par sa fréquentation de la scène du Théâtre du Capitole. Plutôt rare. Il aura fallu attendre quarante années pour le voir resurgir, grâce à la volonté de notre directeur artistique Christophe Ghristi, et ce, en ouverture de saison.

 

Giampaolo Bisanti 
Giampaolo Bisanti

 

Ce sera dans une nouvelle production, entièrement toulousaine, et pour huit représentations assurées par deux distributions sur quinze jours du 26 septembre au 10 octobre. Pour mener à bien le tout, c’est le chef d’orchestre Giampaolo Bisanti qui en est le responsable. On peut signaler qu’il passe par Toulouse entre deux productions, Traviata et Macbeth au Wiener Staatoper, rien que ça, et qu’il dirige jusqu’à présent essentiellement des opéras italiens. Une “pointure“, comme on dit. Dans la fosse, les musiciens de l’Orchestre national du Capitole, avec, c’est à remarquer, les bois par deux.

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À signaler d’emblée, l’importance des chœurs dans cet ouvrage, Chœur du Capitole préparé par leur Directeur, Alfonso Caiani. Norma est en effet essentiellement un opéra à caractère choral, combiné avec des soli, et dans lequel les grands airs lyriques, à commencer par le plus important, le Casta diva, se trouvent soutenus par un accompagnement choral et orchestral aux sonorités d’un moelleux et d’une richesse extrêmes. Le fameux Casta diva, la mélodie de l’opéra baroque romantique sûrement la plus enregistrée au monde, que Bellini reprit huit fois avant de s’en déclarer satisfait.

 

Anne Delbée
Anne Delblée

 

Pour le côté théâtre, c’est entre les mains d’Anne Delblée et toute son équipe réunie. Femme de théâtre à part entière, Anne Delbée est à la fois comédienne, metteur en scène, directrice de compagnie et pédagogue, et écrivaine. Elle a signé la mise en scène d’une cinquantaine de spectacles pour le théâtre et l’opéra. On retiendra : La Traviata de Verdi, Don Giovanni de Mozart… Les Brigands de Schiller, L’Aiglon de Rostand, Othello de Shakespeare, Phèdre de Racine, Suréna de Corneille, Hernani de Hugo.

« Dans Norma, où le poème atteint la grandeur tragique des anciens Grecs, les formes strictes de l’opéra italien, que Bellini anoblit et élève à la fois, donnent du relief au caractère solennel et grandiose de l’ensemble ; toutes les passions qui sont ainsi singulièrement transfigurées par son chant profitent d’un fond majestueux sur lequel elles n’errent pas incertaines mais se  dessinent en un tableau grand et clair qui fait penser involontairement à Gluck et à Spontini. » Richard Wagner.

De son compositeur, Vincenzo Bellini, le natif de Catane en Sicile en 1801, le créateur de ces « longues, longues mélodies », son ouvrage lyrique le plus renommé donc, Norma, fut écrit à l’intention de plusieurs chanteurs célèbres du moment, dont le nom et l’art s’auréolent encore aujourd’hui d’un prestige fabuleux. Pour cette raison, avec d’autres productions, ils connurent une grande vogue en Europe pendant le siècle dernier, époque qualifiée « d’Âge d’or de l’opéra ». Peu à peu, ils perdirent les faveurs du public à mesure que l’art du bel canto déclinait, cet art du beau chant, cela va sans dire, et non de la belle voix !! Mais, Norma n’est pas qu’un opéra pour chanteuses, c’est aussi une œuvre au dramatisme accomplie, une réussite aussi bien dans l’écriture du livret que côté partition pour un orchestre d’opéra. Une de ses plus grandes interprètes du rôle-phare la résumait ainsi : « Cet opéra qui renferme tant d’amour ne saurait être donné avec légèreté. Il doit être chanté et joué avec fanatisme, exécuté par les chœurs et surtout par l’orchestre avec déférence, dirigé avec autorité, et chaque mesure devrait recevoir l’hommage qui lui est dû. 

Dans ce rôle incontournable et écrasant de Norma, nous aurons les sopranos Marina Rebeka et Klára Kolonits. C’est la relève, après tant de gloires du chant qui se sont “attelé“ à ce monument avec plus ou moins de réussite. Dans celui d’Adalgisa, elles seront confrontées respectivement à Karine Deshayes et Ilseyar Khayrullova, mezzo-sopranos. Deux ténors aussi pour Pollione, Martin Mühle et Airam Hernández, ce dernier apprécié dans le dernier Alfredo ici même. On remarquera que l’exigence vocale pour ces ténors n’est pas des plus aisées. Enfin, pour Oroveso, deux barytons-basses, Bálint Szabó et Julien Véronèse, ce dernier apprécié ici dans Lucrèce Borgia. Un seul confident pour Pollione, dans le rôle de Flavio, une valeur montante du chant lyrique, le ténor toulousain François Almuzara. Une seule nourrice aussi pour les enfants de Norma, Clotilde, rôle confié à la soprano Andreea Soare, impressionnante la saison passée dans un récital et dans Melisande de l’Ariane et Barbe-Bleue. 

Richard Wagner qui n’était pas un grand admirateur de la musique italienne faisait une exception pour cet ouvrage. On sait qu’il le dirigea à Riga en 1837 à l’âge de 24 ans : « N’ayons pas honte d’être transportés par la noblesse et le charme de cette mélodie ; n’ayons pas honte de verser des larmes d’émotion en l’écoutant. Ce n’est pas un crime que de croire en cette musique ! le public est persuadé que je déteste toute l’École Italienne et particulièrement Bellini. Non, non, mille fois non ! Bellini est un de mes compositeurs préférés, parce que sa musique touche infiniment et qu’elle épouse parfaitement le texte. » et par ailleurs : « J’admire en Norma l’inspiration mélodique, unie avec la plus profonde réalité à la passion la plus intime ; une grande partition qui parle au cœur, le travail d’un génie. » Osons affirmer que c’est bien l’unité, à la fois de ligne et de sentiment, jointe à la sublimation de l’émotion qui est le trait caractéristique des mélodies chantantes de Bellini.

 

Si on laisse pour l’instant de côté en quel lieu se situe l’action –nous sommes aux temps primitifs de la Gaule – le drame principal se noue bien autour de ces passions amoureuses qui semblent pour certaines induire indubitablement la Tragédie. Terreur et pitié, ces deux passions particulières, sont bien au rendez-vous chez le spectateur, ce en quoi, cet opéra rejoint bien Aristote dans sa Poétique, sur sa définition du côté tragique ou non d’une pièce de théâtre. Mais, l’amour ne serait-il donc qu’aliénation, de l’un comme de l’autre ? On comprend mieux alors que toute transposition éventuelle peut devenir d’une grande facilité. Ce qui ne signifie pas, réussite assurée. Pour résumer l’argument au plus simple, il faut bien qu’un proconsul romain, l’envahisseur, Pollione, ténor, tombe amoureux d’une habitante de la Gaule, une héroïne aux allures mythologiques, Norma, soprano, qui plus est une druidesse, grande-prêtresse du chêne d’Irminsul et, mieux que ça, inspiration heureuse du librettiste, elle est aussi fille du grand-prêtre des Gaules, Oroveso, basse. Il y a même deux enfants, cachés bien sûr, nés de cet amour inavouable et inavoué. Trahie par son amour, elle est traitresse devant son peuple, mentant à ses fidèles. 

 

Cela se complique un peu avec ce romain qui est un “bourreau des cœurs“ puisqu’il délaisse son premier amour, pris sous le charme d’une autre druidesse plus jeune, Adalgisa, mezzo-soprano, qu’il veut absolument ramener à Rome, et épouser. Celle-ci va hélas se confier, mais ne frappe pas à la bonne porte puisque c’est à la délaissée qu’elle livre son histoire d’amour. Colère, fureur jalouse, haine puis réconciliation, apaisement, tous ces rebondissements sont l’occasion pour un compositeur très inspiré d’écrire des pages inouïes de beau chant, ce “bel canto“ dont Bellini semble être l’un des plus grands maîtres puisque cet opéra est qualifié de sommet de cette forme d’art lyrique. Mais, Norma est une tragédie et donc, finit mal. Norma a fauté et doit payer. Elle a, ni le courage de tuer ses enfants, ni celui de livrer sa rivale. Il ne lui reste plus qu’à se dénoncer et est ainsi vouée au bûcher, après avoir négocié la vie de ses enfants auprès de son père. Norma n’est pas Médée. Elle est  rejointe dans les flammes par Pollione, revenu enfin à de meilleurs sentiments, mais qui n’a pas d’autre échappatoire.  Adalgisa est épargnée.

Les pages les plus abouties, celles traduisant les principales passions tragiques, seront pour Norma, voix dite de grand soprano colorature dramatique sombre, aussi bien dans les arias, seule, que dans des ensembles époustouflants. Norma est bien LE rôle des rôles, sans doute l’Isolde de l’opéra italien, auquel rêve toute chanteuse en possédant la tessiture, une tessiture bien difficile à définir d’ailleurs, carrément impossible même. Aucune, alors, n’a su lui résister.

 

Vincenzo Bellini Vincenzo Bellini

 

Appendice : Certains font la remarque que beaucoup d’opéras du bel canto comportent des éléments patriotiques, d’ailleurs souvent déguisés pour éviter toute censure. L’Italie, qui n’est pas encore l’Italie que nous connaissons, est en partie sous domination autrichienne et deux des quatre fiefs de l’opéra étaient des villes de la province autrichienne à savoir, Milan et Venise. Province aux multiples lieux de représentations. En 1871, il a été dénombré dans tout ce qui va constituer la future Italie, 940 théâtres lyriques dans 699 communes !! Norma est bien l’un des premiers opéras à connotation patriotique dont la création eut lieu à Milan, à la Scala, le 26 décembre 1831. Vincenzo Bellini est alors, à l’apogée de sa renommée.

L’action de l’opéra se déroule alors dans la Gaule occupée par les Romains. Le drame illustre un épisode de la résistance gauloise. Cela peut être un rappel évident de la situation de cette partie de l’Italie placée sous domination autrichienne. Les Romains représenteraient donc les ennemis autrichiens, ce qui peut permettre une transposition osée mais il y a eu pire ! Le librettiste Felice Romani aurait donc trouvé le moyen d’abuser les censeurs et de détourner leurs pièges. L’action s’oriente bien, principalement vers la revendication de la liberté et de l’unité, un sujet qui ne pouvait que flatter les nationalistes agissants. Et la fin du deuxième acte comporte un appel rugissant du chœur, le fameux Guerra, guerra, futur hymne secret du Risorgimento, et élément déclenchant le 10 janvier 1859,  à la Scala de Milan, de violentes réactions antiautrichiennes, environ deux ans avant la création du Royaume d’Italie.

Sachons que « le théâtre représente la forêt sacrée des druides. » Les valeureux légionnaires romains qui ne redoutaient aucun peuple si sauvage et si féroce fut-il, perdaient leur courage à la vue de la forêt gauloise, ces Gaules que l’on disait alors chevelues tant les forêts y étaient épaisses et drues. Ainsi le chêne d’Irminsul qui occupe le milieu de la scène les terrifie. D’autant qu’au pied de l’arbre on voit une pierre druidique servant d’autel……

Ceux qui voudront en savoir plus iront consulter du côté des Borusses !! Tout cela pour dire qu’une Norma sans l’expression de ce règne végétal, ou l’absence de faucille d’or, ou de feuilles de verveine, ou de la lune n’est plus Norma !

 

Billetterie Capitole

Billetterie en Ligne du Théâtre du Capitole

 

 

Chaque nouvelle saison est une vraie aventure et une traversée, un pari fait sur la passion

Lors de la saison 2019/2020, seront réunis pour l’opéra sept ouvrages importants du répertoire : Norma, Dialogues des Carmélites, Parsifal, L’Élixir d’amour, Platée, Jenůfa, Mefistofele. L’éventail des époques est grand puisqu’à quelques jours d’intervalle notre public pourra entendre un des premiers opéras de l’histoire, le sublime Orfeo de Monteverdi, ainsi qu’une création de Marc Bleuse, L’Annonce faite à Marie.

De magnifiques metteurs en scène ont répondu présent à l’appel du Capitole : Anne Delbée, la grande dame du théâtre français, Olivier Py, Aurélien Bory, mais aussi Shirley et Dino.

Les meilleurs chanteurs aussi : Marina Rebeka, Karine Deshayes, Sophie Koch, Matthias Goerne, Ludovic Tézier, Angela Denoke et tant d’autres. Mais aussi, une jeune génération de chanteurs français, à qui nous confions de grands rôles et posons des défis prometteurs. C’est une de nos plus belles missions que de former ces jeunes artistes et vous en aurez un témoignage formidable avec le Platée dirigé par Hervé Niquet.

Pour la première fois depuis longtemps, le Ballet du Capitole participera à une production d’opéra. Pour ouvrir sa saison, Kader Belarbi, directeur de la danse, a choisi deux ballets de Serge Lifar. Après le retour attendu de Casse-Noisette pour les fêtes, hommage sera rendu à Toulouse-Lautrec avec une création unissant de nombreux talents.

Notre engagement auprès du jeune public est total et, encore une aventure, nous partirons avec Offenbach sur le Canal du Midi, artère légendaire de notre belle Occitanie.

Ouvert à tous, humain et chaleureux, vibrant et passionné, indifférent aux modes comme aux académismes de tous bords, tel est le Théâtre du Capitole !

 

Brochure 2019 / 2020

 

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Mécénat

 

Il était une fois… (Jérôme Gac) 

Du grand, grand Werther au Capitole (Michel Grialou)

Au Théâtre du Capitole, ça bouillonne tous azimuts (Michel Grialou)

Waslaw Nijinsky, l’artiste de génie, l’illustration même de la grâce (Michel Grialou)

Hommage et variations (Jérôme Gac)

Dans la solitude des scènes d'opéra (Jérôme Gac) 

Lucrezia Borgia : le flacon d'or pour Madame (Catherine Tessier)

Un tandem de luxe pour des mélodies françaises (Michel Grialou)

Lucrezia Borgia au Capitole : bel canto assumé mais sans le théâtre de Hugo (Hubert Stoecklin) 

Lucrezia Borgia, son énième époux, Alfonso, et un fils caché, Gennaro : quel trio, et quel opéra ! (Michel Grialou)

Lucrezia, portrait d'une empoisonneuse (Jérôme Gac)

Terriblement femme, et humaine, la Lucrezia Borgia de Donizetti n'est pas qu'une redoutable empoisonneuse (Michel Grialou)

Don Quichotte est à la fête (Léo Guichou)

Paul et Marietta (Jérôme Gac)

La magie de la Ville morte,  ou Die tote Stadt d'un certain Eriche Wolfgang Korngold (Michel Grialou)

Hommage à Noureev, monstre sacré de la danse (Léa Guichou)

Tous amoureux de Traviata et viva le Capitole ! (Hubert Stoecklin)

La Traviata : chanter ou être (Catherine Tessier)

Haendel vs Porpora (Jérôme Gac)

Ouverture de saison fracassante au Capitole avec la Traviata (Michel Grialou)

Du chant, du chant, du chant, que diable, on est au Capitole !!! (Michel Grialou)

Noces d'étain (Jérôme Gac)

Tel Aviv Fever : l'envers du ballet vu par Hillel Kogan (Léa Guichou)

Le crépuscule de Mozart (Jérôme Gac) 

La Clémence de Titus, véritable dernier opéra mozartien (Michel Grialou)

Dans une fusion androgyne et terrifiante, le couple des Macbeth réunit, à l'envers, le masculin et le féminin (Michel Grialou)

Béatrice Uria-Monzon fait son retour sur la scène du capitole (Régis Daro)

Au théâtre du Capitole : Noir, c'est noir (Michel Grialou)

Newsletter mai 2018 (Culture 31)

Aïda s'ouvre à l'Opéra et au Ballet (Robert Pénavayre)

12ème édition de Tous à l'Opéra (Robert Pénavayre)

Théâtre du Capitole : le temps du renouveau (Nicolas Coulaud)

"Le Capitole est une maison magnifique !" Christophe Ghristi (Robert Pénavayre)

Théâtre du Capitole : une saison de Gloires et Beauté (La Dépêche)

Norma

du jeudi 26 septembre au jeudi 10 octobre

Réservation

Dialogue des Carmélites

du vendredi 22 novembre au dimanche 1er décembre

Réservation

L'annonce faite à Marie

samedi 23 et dimanche 24 novembre

Réservation

L'Orfeo

jeudi 5 et vendredi 6 décembre

Réservation

Parsifal

du dimanche 26 janvier au mardi 4 février

Réservation

L'Élixir d'amour

du jeudi 27 février au vendredi 6 mars

Réservation

Platée

du samedi 28 mars au samedi 4 avril

Réservation

Jenüfa

du jeudi 7 au samedi 16 mai

Réservation

Mefistofele

du mardi 23 juin au jeudi 2 juillet

Réservation

Joyaux Français

du mercredi 23 au mardi 29 octobre

Réservation

A nos amours

samedi 2 et dimanche 3 novembre

Casse Noisette

du vendredi 20 au dimanche 29 décembre

Réservation

Toulouse Lautrec

du jeudi 28 mai au mercredi 3 juin

Réservation

Afrique(s)

du mardi 30 juin au vendredi 3 juillet