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Mercredi 16 Janvier 2019

Théâtre du Capitole

Terriblement femme, et humaine, la Lucrezia Borgia de Donizetti n’est pas qu’une redoutable empoisonneuse !

Par Michel Grialou

On sera surpris de voir enfin arriver sur la scène du Théâtre du Capitole, ce personnage de Lucrèce Borgia, ce mythe, ce symbole, cette légende. C’est l’incarnation même, du temps de la Renaissance, de l’éternel féminin dans sa malfaisance et sa diabolique fatalité, comme une certaine Cléopâtre.

 

  Annick Massis © Zakari Babel

 

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Il aura fallu attendre près de deux cents ans après sa création milanaise, pour que cet opéra, le 35ème, de Gaetano Donizetti arrive jusqu’à notre Théâtre, alors qu’il eut une importance historique et une influence évidentes sur un certain Verdi. L’un des sommets créatifs du compositeur est donc donné sur la scène du Teatro della Scala un 26 décembre 1833 et ce, trois ans après l’étincelle vitale que fut son Anna Bolena. Entre temps, trois ans, il aura écrit…dix opéras !

 

  Gaetano Donizetti

 

Opéra seria en deux actes et un prologue, sur un livret du fameux Felice Romani, la première chance, c’est bien le choix de ce librettiste. La gloire soudaine du compositeur avec Lucrezia Borgia a une seconde explication, avec sa rencontre avec une certaine Giuditta Pasta, probablement la plus mythique des cantatrices du bel canto.

 

Felice Romani  Felice Romani

 

Le livret suit de près le drame de Victor Hugo créé à Paris le 2 février 1833, et donc, l’histoire pour le moins “trafiquée“ du personnage par l’écrivain, ce qui nous importe peu. Felice Romani va permettre alors à Donizetti de concevoir une partition originale et forte, d’une originalité se découvrant dès les premières mesures. Un Prologue bref, concis et percutant prépare l’atmosphère du drame avec des procédés thématiques que Verdi adoptera sans faillir. Le rideau se lève sur la nuit : drame nocturne. C’est une des caractéristiques principales de toute la littérature musicale qui va suivre dans cette partition très dense, avec des arias nombreuses, les classiques récitatif /air /cabalette. Sachons que la créatrice du rôle à la Scala le 26 décembre 1833 s’appelait Enrichetta Meric Lalande, ou plus simplement Henriette, née à …Dunkerque, cantatrice à la carrière exemplaire pour la richesse de ses créations et l’importance d’un répertoire typique du bel canto de l’époque romantique. Anecdote : c’est elle, la toute puissante prima donna, qui exigera de Donizetti qu’il lui compose un grand air de bravoure à la fin, qu’elle pourrait chanter sur le corps de son fils Gennaro, empoisonné par sa faute.

 

La production est celle du Palau de les Arts “Reina Sofia“ à Valence.

La direction musicale est confiée  à Giacomo Sagripanti, chef ayant dirigé les troupes à la Halle dans le Stabat Mater de Cherubini il y a quelques mois, un chef lyrique très prisé ayant déjà dans ce domaine, une brillante carrière (par exemple à l’Opéra Bastille). La mise en scène est confiée à Emilio Sagi, déjà venu au Capitole pour Dona Francisquitã et le dernier Turc en Italie. Mon petit doigt m’a dit qu’on en serait très agréablement surpris et donc, qu’il fallait amener des cohortes de lyricophiles au Capitole !!  Il est entouré de, pour les décors, Llorenç Corbella, Pepa Ojanguren pour les costumes et Eduardo Bravo pour les lumières, ces lumières qui, maintenant, sont incontournables, et peuvent vous enchanter une mise en scène.

 

 Annick Massis

 

Lucrezia Borgia est interprétée par Annick Massis. On lira avec grand intérêt son entretien dans le numéro du journal du Théâtre, Vivace. Et l’on se remémore les excellents moments d’émotions vécus dans ses prestations passées sur notre scène “capitoline“. Le rôle exige un grand soprano drammatico d’agilità e di forza. C’est l’une des vocalità les plus complexes de l’histoire du chant. Tous les monstres sacrés possédant la tessiture ont voulu le chanter ! Celui d’une jeune femme qui apparaît moins comme une coupable que comme la victime d’un siècle implacable. Sachons que l’artiste qui l’interprète se doit d’être belle, souverainement, qu’elle doit irradier de tout son corps et de son visage la splendeur fatale de ses passions qui aboutissent au stylet, au poison, à la mort violente. Annick Massis sera donc Lucrezia Borgia, c’est évident.

 

  Mert Süngü

 

Son époux, le quatrième, Alfonso d’Este, duc de Ferrare est Andreas Buaer Kanabas, voix se rapprochant du grand baryton verdien à venir. Son fils caché, Gennaro, c’est le ténor Mert Süngü au début de carrière très prometteur, tandis que son ami Maffio Orsini, rôle travesti, est chanté par la mezzo-soprano Éléonore Pancrazi. Cette dernière nous offrira un Midi du Capitole à 12h 30 le jeudi 31 janvier entre deux Lucrèce. Une toute jeune chanteuse lyrique, pas encore 30 ans, née en Corse, ce qui ne facilite guère les choses, avoue-t-elle. Mais quand on veut, on…….

 

  Éléonore Pancrazi

 

Nous avons ensuite les amis de Gennaro, soit Jeppo Liverotto avec Galeano Salas, Oloferno Vitellozzo par François Pardailhé, tous deux ténors. Don Apostolo Gazella, c’est Jérémie Brocard, et Ascanio Petrucci, par Rupert Grössinger. Il y a enfin, comme autres comprimari, Rustighello, le confident du Duc, chanté par Thomas Bettinger, et Julien Véronèse interprétant Gubetta, un rôle d’éminence grise de la Duchesse.

Dans la fosse nous retrouvons les musiciens de l’Orchestre national du Capitole. Enfin, les Chœurs sont ceux du Capitole sous la direction d’Alfonso Caiani.

Ce sera pour 5 représentations à partir du 24 janvier 2019.

Pour ce qu’il en est du synopsis, cliquez ici.

 

Capitole Billetterie

Billetterie en Ligne du Théâtre du Capitole

 

Théâtre du Capitole
Lucrezia Borgia (Gaetano Donizetti)

 

Annick Massis  ©  Zakari Babel
Giacomo Sagripanti  ©  Henry Fair
Annick Massis  ©  Gianni Ugolini

 

 

Le Théâtre du Capitole est un établissement public de la Ville de Toulouse, en régie municipale autonome depuis 1994, consacré à l'art lyrique et au ballet. Sa salle historique est située dans l’enceinte du Capitole de Toulouse.

Il a été inauguré le 1er octobre 1818 à l'emplacement du théâtre érigé par les Capitouls en 1736. La salle à l'italienne a aujourd'hui une jauge de 1 156 places. Le Théâtre du Capitole est membre de la ROF (Réunion des opéras de France), de RESEO (Réseau européen pour la sensibilisation à l'opéra et à la danse) et d'Opera Europa.

 

Terriblement femme, et humaine, la Lucrezia Borgia de Donizetti n'est pas qu'une redoutable empoisonneuse (Michel Grialou)

Don Quichotte est à la fête (Léo Guichou)

Paul et Marietta (Jérôme Gac)

La magie de la Ville morte,  ou Die tote Stadt d'un certain Eriche Wolfgang Korngold (Michel Grialou)

Hommage à Noureev, monstre sacré de la danse (Léa Guichou)

Tous amoureux de Traviata et viva le Capitole ! (Hubert Stoecklin)

La Traviata : chanter ou être (Catherine Tessier)

Haendel vs Porpora (Jérôme Gac)

Ouverture de saison fracassante au Capitole avec la Traviata (Michel Grialou)

Du chant, du chant, du chant, que diable, on est au Capitole !!! (Michel Grialou)

Noces d'étain (Jérôme Gac)

Tel Aviv Fever : l'envers du ballet vu par Hillel Kogan (Léa Guichou)

Le crépuscule de Mozart (Jérôme Gac) 

La Clémence de Titus, véritable dernier opéra mozartien (Michel Grialou)

Dans une fusion androgyne et terrifiante, le couple des Macbeth réunit, à l'envers, le masculin et le féminin (Michel Grialou)

Béatrice Uria-Monzon fait son retour sur la scène du capitole (Régis Daro)

Au théâtre du Capitole : Noir, c'est noir (Michel Grialou)

Newsletter mai 2018 (Culture 31)

Aïda s'ouvre à l'Opéra et au Ballet (Robert Pénavayre)

12ème édition de Tous à l'Opéra (Robert Pénavayre)

Théâtre du Capitole : le temps du renouveau (Nicolas Coulaud)

"Le Capitole est une maison magnifique !" Christophe Ghristi (Robert Pénavayre)

Théâtre du Capitole : une saison de Gloires et Beauté (La Dépêche)

Nouveaux metteurs en scène, nouveaux chefs d’orchestre, 4 opéras jamais joués au Théâtre du Capitole : un souffle nouveau !

Christophe Ghristi a souhaité ouvrir la saison avec un titre rassemblant le plus large public possible. Pas donnée au Capitole depuis vingt ans, La Traviata de Verdi fera son retour dans une nouvelle mise en scène signée Pierre Rambert (danseur, musicien, ancien directeur artistique du Lido !), avec des décors d'une élégance rare d'Antoine Fontaine et les costumes du couturier Frank Sorbier. Une double distribution nous permettra de retrouver quelques grands noms du chant international, comme la merveilleuse Anita Hartig (déjà acclamée ici il y a quelques saisons dans Faust de Gounod) dans le rôle-titre, Airam Hernández en Alfredo et Nicola Alaimo en Germont. En face de ces interprètes consacrés, les jeunes stars montantes, dont le ténor toulousain Kévin Amiel et la soprano Polina Pastirchak.

Entrée au répertoire pour La Ville morte de Korngold, chef-d’œuvre d'un jeune compositeur prodige de 23 ans que l'arrivée au pouvoir des Nazis allait contraindre à l'exil aux États-Unis, et à une carrière de plus en plus tournée vers le cinéma. Presque un siècle après sa création, La Ville morte reste l'un des jalons essentiels de l'art lyrique du XXe siècle. Ouvrage sensuel, capiteux, enivrant, il sera servi par le meilleur Paul de sa génération : Torsten Kerl, accompagné en Marietta par la jeune Evgenia Muraveva, récemment révélée au prestigieux Festival de Salzbourg. Le chef britannique Leo Hussain sera à la baguette et le Capitole reprend la production de Philipp Himmelmann, acclamée par la critique comme par le public.

Le fascinant Kopernikus du compositeur canadien Claude Vivier sera l’occasion de la venue à Toulouse de Peter Sellars, un des grands visionnaires du théâtre aujourd’hui. Donnée en coproduction avec le Festival d'Automne à Paris, l’œuvre est un rituel initiatique, qui jongle entre rêve et réalité, et nous fait croiser Lewis Carroll, Merlin, une sorcière, la Reine de la nuit, Tristan et Isolde, Mozart... et Copernic. Une aventure spirituelle et onirique comme seul Peter Sellars sait en créer.

Autre rareté, Lucrezia Borgia de Donizetti, qui nous donnera l'occasion d'accueillir enfin sur notre scène l'une des plus grandes sopranos françaises, Annick Massis, pour cette prise de rôle très attendue. À ses côtés, l'immense Roberto Scandiuzzi dont la carrière n'est plus à présenter, et un jeune ténor d’origine turque, Mert Süngü, maître dans ce répertoire virtuose. La mise en scène en sera confiée à Emilio Sagi, dont nous avons pu apprécier ici Doña Francisquita et Le Turc en Italie. Giacomo Sagripanti fera à cette occasion ses débuts dans notre fosse.

Ariane à Naxos, assurément le plus étourdissant chef-d’œuvre de Richard Strauss, revient après une trop longue absence avec une nouvelle production signée du grand Michel Fau – le projet promet d’être d'une folle poésie. Occasion pour la jeune soprano française Catherine Hunold de faire ses débuts au Capitole dans le rôle-titre, tandis que Stéphanie d'Oustrac incarnera son premier Compositeur et Jessica Pratt sa première Zerbinetta. À la baguette, nous retrouverons avec grand plaisir Evan Rogister, qui a débuté l’an passé dans Ernani.

Autre entrée au répertoire d’un chef-d’œuvre inexplicablement oublié : Ariane et Barbe-Bleue, l'unique opéra de Paul Dukas. Digne de Tristan et Isolde de Wagner, c’est sans doute l'un des grands sommets de l'art lyrique français – génialement inspiré par Maurice Maeterlinck, comme cet autre bijou qu'est Pelléas et Mélisande de Debussy. Occasion pour nous de réinviter dans cette maison où elle a tant travaillé par le passé la grande Sophie Koch. À la mise en scène, l'inclassable Stefano Poda fera lui aussi ses débuts toulousains pour cette production d'une grande splendeur visuelle. Pour cette partition flamboyante, Pascal Rophé, magnifique interprète de la musique du XXe siècle, sera à la direction musicale.

Avec la rare Mam'zelle Nitouche d'Hervé, c'est aussi la bonne humeur qui reprend sa place sur notre scène. Cette production mise en scène de manière extrêmement subtile et ingénieuse par Pierre-André Weitz nous permettra de découvrir les talents de comédien d'Olivier Py, qui y tient plusieurs rôles – dont le sien ! Le grand retour de l’opérette au Capitole !

Werther de Massenet enfin, pour terminer la saison, nous revient dans l’émouvante mise en scène de Nicolas Joel, avec Jean-François Verdier à la direction musicale. Occasion d'admirer la Charlotte de chair et de feu de Karine Deshayes et le Werther non moins émouvant de Jean-François Borras, qui a déjà chanté ce rôle à New York et à Vienne – mais pas encore en France ! L'injustice sera réparée sur la scène du Capitole.

 

Théâtre du Capitole © Patrice Nin

Le Ballet du Capitole nous convie à un programme des plus éclectiques pour cette septième saison de Kader Belarbi : magnificence du style académique, registres néoclassique et contemporain, et hommages à deux figures mythiques de la danse.

Danse académique à l'honneur : Dans les pas de Noureev et Don Quichotte

À travers le magnifique florilège que constitue Dans les pas de Noureev, Kader Belarbi, directeur de la danse au Théâtre du Capitole et Étoile des années Noureev à l’Opéra de Paris, a tenu à rendre hommage à ce « monstre sacré » de la danse. Il permet ainsi aux danseurs du Ballet du Capitole de se confronter à un remarquable exercice de style qui révèle la sophistication et l’élégance des ballets de Rudolf Noureev.

Après le grand succès remporté il y a deux saisons par cette nouvelle version de Kader Belarbi, la reprise de Don Quichotte était une évidence. La partition de Ludwig Minkus, des costumes chamarrés en diable, de beaux décors, une chorégraphie et une mise en scène virevoltantes font de cette production un bonheur pour les yeux et les oreilles.

Marin / Soto / Belarbi : quatre pièces pour une soirée

Quatre pièces de facture contemporaine décryptent les liens, de quelque nature qu’ils soient, qui se nouent ou se dénouent entre les êtres : complexes liens familiaux qui se manifestent lors du traditionnel repas de famille (Liens de table de Kader Belarbi), ou lors de la disparition d’un être cher, ici un père aimé (Fugaz de Cayetano Soto) ; duo d’amour des amants originels (Eden de Maguy Marin), ou encore approche, avec un regard amusé et une infinie tendresse, toujours par Maguy Marin, de corps qui rebondissent avec agilité et poésie (Groosland).

La Bête et la Belle : une rêverie tendre et inattendue

Dans cette adaptation par Kader Belarbi du célèbre conte de madame Leprince de Beaumont (1756), l’inversion du titre témoigne de la réinterprétation du conte. La Bête et la Belle est alors l’histoire d’une transgression : la Bête est moins un animal que le révélateur de l’animalité qui est en nous, tandis que la Belle surmonte sa répulsion pour trouver le chemin du cœur et du corps.

Nijinski, clown de Dieu : Neumeier / Dawson / Kelemenis / Celis

Ce programme rend à la fois hommage au danseur hors du commun et au génie créateur Vaslav Nijinski (1889-1950), figure mythique de l’histoire de la danse.

Avec Vaslav, sur des musiques de Johann Sebastian Bach, John Neumeier évoque l’artiste de légende. Puis, c’est au tour de David Dawson avec Faun(e), de proposer une lecture « intime et abstraite » de la célèbre et scandaleuse pièce du chorégraphe russe, L’Après-midi d’un faune (1912). Kiki la rose de Michel Kelemenis est une variation autour d’un célèbre port de bras de Nijinski dans Le Spectre de la rose. Quant à Stijn Celis, il nous proposera une nouvelle version de Petrouchka, l’un des grands succès de Nijinski où pantin, il émut autant qu’il fascina.

 

Ballet du Capitole © David Herrero