Contactez-nous
Dimanche 24 Janvier 2021

Au cœur de la couleur avec Guillaume Moschini

Par Michel Grialou

L’artiste Guillaume Moschini est à la Galerie Jean-Paul Barrès jusqu’au 30 janvier 2021 pour une exposition intitulée “Les séquences infinies“. Dans la perception de son travail, on retiendra la totale liberté d’émotion laissée au “regardeur“ qui peut projeter sur la toile offerte toute son imagination.

 

Guillaume Moschini 2

 

Guillaume Moschini produit une peinture résolument abstraite, même pas géométrique comme certains conceptuels-géométriques, les Pierre Rousselot, Jean-Pierre Pincemin, Josef Albers, Sol Lewitt ou Ellsworth Kelly et autres. Le but semble atteint. De la recherche sur la forme et la couleur, ne reste plus que la recherche sur la couleur et, une idée essentielle dans certaines toiles, la rencontre esquissée, fort originale, de masses de couleurs. Au cœur de la couleur, foin de la matière.

Même pas une boursouflure à la Pierre Tal-Coat ou des épaisseurs savamment étudiées à la Pierre Soulages pour mieux accrocher la lumière. Ou quelques rares étoiles sur un fond presque uniforme à la Ed Ruscha.

 

Guillaume Moschini 1

 

La radicalisation est en bonne voie. L’artiste est plus près des adeptes du principe de neutralité et d’effacement. (Voir Olivier Mosset et son petit cercle noir). Une ou des diagonales comme chez Martin Barré semble bannie et la verticale semble prendre le même chemin. Guère de courbes véritablement instrumentalisées. Si elles sont présentes, cela reste plutôt discret. Tout pour l’horizontale et encore, souvent une seule horizontale, au niveau de laquelle tout se passe. Dans la lignée des petits “carrés“ de Mondrian, cette ligne horizontale ne fait plus “image“ sur un fond, mais fonctionne comme structure pour construire l’espace même de la peinture, le réguler, le signaler, le rendre tangible, un parti-pris fort intéressant.

 

Guillaume Moschini 3

 

Quel est donc un tel cheminement ? Dans le parcours qui a vu par l’invention de la photo, la fin de l’art du portrait, la faillite des portraitistes, et la fin de la reproduction fidèle des éléments naturels, puis, la transformation de ces derniers avec l’impressionnisme suivi de tout le figuratif, écartons aussi le geste et tous ses adeptes, les Debré, Appel, Lingström,…et brûlons les étapes de l’évolution picturale pour arriver à la phase terminale : le support/surface. Foin du cadre, seul ne compte plus que le support et ses bordures et son traitement et le mode d’application de la peinture et sa nature. Celle-ci, si l’on se réfère aux théoriciens de l’art chinois en remontant jusqu’aux Tang, explorerait le “latent-subtil“, une profondeur informelle, invisible, ineffable, que l’esprit occidental raisonnable ne saurait prendre en considération. Mais comment peut-on peindre ce qui n’a pas de forme ?

 

Guillaume Moschini 4

 

Il n’empêche. La peinture d’où qu’elle soit est toujours le lieu du sensible plus que de la raison. Encore un exemple sous nos yeux. Il importe que l’œuvre soit habitée, c’est-à-dire que l’artiste lui donne un certain pouvoir d’émotion, un espace poétique, cette part invisible s’adressant, en deça de la raison (la forme) à notre sensibilité. Guillaume Moschini a-t-il réussi dans cette tâche ? Comme il n’y a rien de plus subjectif que la sensibilité, seul, tout un chacun peut répondre à la question. Mis en présence de l’œuvre, il la “sent“, ou non. Pas besoin ici d’un Daniel Arasse pour nous démontrer où la beauté commence, si ce n’est là où le décoratif s’achève.

 

Guillaume Moschini 5

Chez Guillaume Moschini, concernant le format qui serait l’approche idéale de l’harmonie universelle, le choix n’est pas encore évident. Carrés, rectangles, petits ou grands, cela reste un pan de la radicalisation non déterminé encore ! Quant au support utilisé, c’est une toile de coton ou de lin brute. Non apprêté, il permet à la peinture de faire partie intégrante avec la toile, et à la couleur, d’irriguer les fibres, d’infuser la matière, une peinture toujours relativement liquide, le peintre mêlant à l’envie encres, acrylique et même alcool à brûler. L’ensemble est bien un véritable travail d’artiste. Et laissons aller nos sens.

Galerie Jean-Paul Barrès
Facebook    •    Instagram
1 place Saintes Scarbes  •  Toulouse
Guillaume Moschini   •   » Les séquences infinies « 
Exposition du 12 décembre 2020 au 30 janvier 2021