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Lundi 9 Décembre 2019

Pop et surréaliste

Par Jérôme Gac

Dans une rétrospective toulousaine foisonnante intitulée « Pop, Funk, Bad Painting and More », le musée des Abattoirs retrace le parcours de l’artiste américain Peter Saul.

"Art Appreciation", 2016 © collection privée - courtesy Michael Werner Gallery, New York and London
« Art Appreciation », 2016 © collection privée – courtesy Michael Werner Gallery, New York and London

 

Alors que « la Joconde » n’en finit pas d’attirer les foules à Paris, le musée des Abattoirs expose dans ses murs à Toulouse une autre Mona Lisa, celle-ci quelque peu indisposée puisqu’elle expulse par voie buccale une grande quantité de nourriture mal digérée… Cette « Mona Lisa Throws Up Macaroni » est l’œuvre de Peter Saul, artiste américain né en 1934, auquel le musée toulousain consacre une rétrospective.

Des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, cette exposition intitulée « Pop, Funk, Bad Painting and More » rassemble près d’une centaine d’œuvres (peintures, arts graphiques, etc.), pour certaines inédites, ainsi qu’un ensemble d’archives. Le parcours de l’exposition épouse celui de Peter Saul, il s’ouvre à Paris avec ses premières œuvres, au début des années 1960, lorsqu’il reproduisait des super-héros, des comics et des objets quotidiens de l’American Way of Life.

Contemporain du Pop Art, dont il partage les thèmes, l’artiste se défend pourtant d’appartenir à ce courant. Et si son travail exprime la quintessence de l’art américain, il en offre un versant davantage critique : son style Pop, violent et vulgaire, est l’un des premiers à attaquer le modèle consumériste et impérialiste. De retour aux États-Unis en 1964, il rejoint la Californie, foyer d’un art “Funk” dans lequel son œuvre picturale, pop et surréaliste, trouve un écho. Il aborde alors sans concession les sujets sensibles de l’époque qu’il traite au Day-Glo, peinture synthétique fluorescente, donnant à ses toiles un aspect velouté, doucereux, appliqué au service d’une séduction d’autant plus puissante qu’elle flirte avec le vulgaire. À l’encontre du bon goût et de la bonne conscience bourgeoise, ses tableaux sont traversés par le sentiment de révolte qui meut la contre-culture, des combats contre la Guerre du Vietnam à ceux pour les droits civiques. Peintre du chaos, de la guerre et des corps meurtris, il dresse également le portrait des figures de la lutte, telle la militante Angela Davis.

 

Mona Lisa Throws Up MacaroniMona Lisa Throws Up Macaroni

 

Attentif à l’histoire de l’art, Peter Saul revisite les chefs-d’œuvre du passé dès la fin des sixties, anticipant ainsi le grand mouvement de retour à une peinture à la fois libre et cultivée qui est l’une des grandes tendances des années 1980. Mais s’il préfigure le Bad Painting, il persiste à rejeter toute affiliation et proclame son indépendance face aux courants artistiques par définition éphémères. Une salle de l’exposition exhibe «le musée de Peter Saul» qui regroupe des pièces trahissant une préoccupation permanente de l’artiste : recréer ou s’approprier les tableaux des maîtres, de « la Joconde » à l’ »Olympia » d’Édouard Manet. Il réinterprète ainsi des figures classiques comme Diego Vélasquez ou Rembrandt, ou des pionniers du modernisme comme Pablo Picasso, Salvador Dalí, Marcel Duchamp, etc.

Artiste incorrect et hors norme, Peter Saul est installé à New York depuis l’an 2000, d’où il s’attaque à la malbouffe ou aux addictions, s’entêtant à portraiturer les présidents américains : Bill Clinton et son sexe au garde-à-vous devant Monica Lewinsky, George Bush et sa cervelle en forme de gruyère, Donald Trump et sa crinière en lambeaux, etc. En fin de parcours, les visiteurs croiseront également Fidel Castro au combat, un critique d’art en ébullition (photo), une poignée de Vikings prêts à en découdre…

Jérôme Gac
pour le mensuel Intramuros

Jusqu’au 26 janvier, du mercredi au dimanche de 12h00 à 18h00 (jeudi jusqu’à 20h00)

Les Abattoirs