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Lundi 9 Décembre 2019

Le Musée de Saint Gaudens : un coup de cœur aux couleurs d’automne

Par Elrik-Fabre Maigné

Saint-Gaudens, au cœur des Pyrénées Centrales, est une cité appartenant aux anciennes provinces du Comminges et du Nébouzan. La ville s’est implantée sur un plateau dominant la Garonne. Au cœur du Comminges, cette cité peut s’enorgueillir désormais, en plus d’une riche histoire, de son magnifique Musée entièrement rénové qui a rouvert ses portes au public en septembre 2018 ; installé dans les murs de l’ancienne mairie construite en 1875, il a été créé à partir de 1962, inauguré en 1968, il avait été fermé en 2009 pour travaux.

 

Musee Saint Gaudens

 

Ce Musée des Arts & Figures des Pyrénées Centrales (1) est situé dans le cœur  de la cité à proximité́ de ses principaux attraits touristiques : Collégiale romane et cloitre, Mémorial au sculpteur américain d’origine commingeoise Augustus Saint-Gaudens (dont je vous ai parlé dans une précédente chronique), Monument aux Trois maréchaux Foch, Joffre et Gallieni…

Dans une maison commune médiévale, devenue mairie puis musée, il occupe un bâtimentnéo-classique édifié́ entre 1873 et 1875, à l’emplacement de la maison commune du XVesiècle, appelée aussi « palais communal ». Voulu par les édiles au début de la IIIe République, il constitue un marqueur symbolique, ouvert non plus vers le cœur de ville médiéval, mais sur la chaine des Pyrénées… L’édifice a été́ réalisé́ par l’architecte Fauré qui a employé́ la pierre calcaire jaune (calcaire nankin) provenant certainement des carrières de Furnes, à proximité́ de Cassage (Haute-Garonne)…

 

Musee Saint Gaudens

 

Il s’étage sur 3 niveaux :

  • Le Temps et le Territoire,
  • Les Industries et les Céramiques,
  • Le Tableau d’Honneur et la Salle éphémère.

Il abrite des collections permanentes comme celle du peintre Jean André Rixens connu pour ses peintures dans les bâtiments publics et ses portraits, né à Saint-Gaudens en 1846. Et une des Arts et traditions populaires : on peut découvrir, entre autres, un moulage d’un très beau bas-relief roman provenant du cloître de la Collégiale Saint Pierre voisine, un incroyable meuble de quincailler provenant de l’ancienne quincaillerie saint-gaudinoise, des marottes (supports à coiffes et chapeaux de femmes) très colorées, de la fin du XIXesiècle, comme en avait ma grand-mère…

 

Marottes

 

On y voit aussi avec émotion une évocation de la Résistance dans cette région en la personne de Gabriel Gesse, et des Poilus de Comminges auxquels le Musée a rendu un bel hommage dans le Cloître de la Collégiale l’an dernier.

Mais surtout il recèle la plus importante collection de porcelaines de Saint-Gaudens/Valentine. En effet, les gisements de terres et de minerais (argiles, kaolin…) ont favorisé l’installation de tuileries, de verreries et de faïenceries dont celles de Martres-Tolosane (2), et en particulier la manufacture des Fouque et Arnoux, qui était située en contrebas de Saint-Gaudens dans le quartier du Pont de Valentine, où sera produite de la porcelaine et de la faïence entre 1832  et 1878.

 

Bleu De Valentine

 

On peut y admirer entre autres le fameux « Bleu de Valentine », couleur au cobalt, qui m’a fait penser au beau livre de Michel Pastoureau, illustré par Laurence Le Chau, aux Editions Privat : Valentine a les pieds bleus, où l’historien explique plaisamment aux enfants la symbolique cette couleur.

Je me suis aussi arrêté devant une assiette à « aile à décor de glands et de feuilles de chêne », illustrée d’une célèbre chanson leste du chansonnier Pierre-Jean de Béranger (auquel le regretté François Béranger avait emprunté son nom de scène) : Le vin et la coquette, écrite en prison, si je ne me trompe (3).

 

Assiette Valentine Béranger

 

Par ailleurs, le Musée accueille actuellement, et jusqu’au 23 novembre 2019 ,une exposition temporaire consacrée aux œuvres de Sief van der Voort (1914-1990), dessinateur, passionné par les Pyrénées. Fuyant à vélo les Pays-Bas envahis par l’Allemagne en 1940, le jeune artiste Sief van der Voort s’est retrouvé bloqué à Saint-Gaudens durant 3 mois. Il a mis à profit ce temps imposé pour dessiner Saint-Gaudens, ses habitants et ses environs. Ces dessins et des œuvres picturales, découverts en 2018, sont exposés en France pour la première fois.

Peintre, aquarelliste, graveur et maître-verrier né quelques mois avant le début de la Première Guerre mondiale, Sjef van der Voort a fait trois séjours à Saint-Gaudens, dont l’un pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il fuyait les Pays-Bas envahis par les Allemands. Des séjours dont il a laissé trace dans des dizaines de croquis, dont certains d’entre eux lui ont inspiré par la suite des peintures à l’huile.

Le Musée a souhaité rendre hommage à cet homme, fortement francophile, qui avait une passion pour notre région et pour Saint-Gaudens en particulier et de plus, était doté d’un « coup de crayon » particulièrement abouti.

Il est venu dans notre ville à trois reprises :

– en 1937, lors d’un tour de France de fin d’études

– de mai à août 1940, après 1380 km à vélo, pour fuir les allemands venus envahir les Pays-Bas

– en mai 1981, en voyage touristique.

Lors de chaque venue, il a dessiné des dizaines de croquis qui sont autant de témoignages sur Saint-Gaudens et ses environs (Valentine, Miramont-de-Comminges, Villeneuve-de-Rivière etc.).

Ces dessins permettent de se replonger dans les paysages commingeois de ces années là et d’y retrouver aussi des personnages pittoresques.

A partir de certains de ces croquis, il a, parfois bien des années plus tard, produit des peintures à l’huile. Les dernières peintures de sa vie ont été consacrées à cette région.

 

SVDV

 

On peut également admirer deux vitraux de l’artiste représentant La Vierge à l’Enfant et Saint Tarcicius.

A l’occasion de cette exposition, le Musée publie une biographie richement illustrée sur cet artiste.

Cette exposition a été montée en collaboration avec les deux fils de l’artiste qui imaginent la joie qu’aurait eu leur père à revenir une dernière fois dans cette ville. En remerciement, ils ont offert à la Commune de Saint-Gaudens, une peinture de la « rue des Fleurs » qui entre dans les collections du Musée.

La prochaine exposition temporaire sera consacrée tout naturellement à l’atelier de création de sculpture médiévale de Saint Bertrand de Comminges qui accueillera par exemple une œuvre exceptionnelle prêtée par le Musée National d’Art de Catalogne à Barcelone.

Une autre exposition temporaire sera aussi consacrée prochainement à la collection photographique de Jean Bepmale : incroyable marcheur, ce vrai pyrénéiste et pionnier de la photographie dans la région a réalisé 12357 clichés et en a collé une partie dans de grands albums dont cinq ont été acquis par la ville de Saint-Gaudens en 2003 et ont rejoint le fonds.

 

Luchon

En quittant ce superbe musée pour regagner Luchon, j’entendais les vers d’Edmond Rostand dans ses Musardises :

Pourquoi suis-je, ô mes Pyrénées,

Attiré sans cesse vers vous,

Et, riantes ou ravinées,

Qu’avez-vous pour moi de si doux?

 

D’où vient que pour moi, sur la terre,

Il n’est d’Alpes ni d’Apennins

M’attirant avec ces mystères

Qu’ont les grands pouvoirs féminins?

 

Quelques uns de ces mystères se trouvent ici à Saint Gaudens dans cet écrin de pierre et de lumière qu’est le Musée des Arts & Figures des Pyrénées Centrales.

Ne vous privez pas de les découvrir.