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Mercredi 23 Octobre 2019

Serge Lifar, le rénovateur du ballet français, à l’affiche du Théâtre du Capitole

Par Michel Grialou

Kader Belarbi, Directeur des Ballets du Capitole, a mis à l’affiche en ouverture de saison, deux ballets chorégraphiés par Serge Lifar, figure emblématique du ballet classique du XXè siècle. C’est parti pour six représentations sur la scène du Théâtre du Capitole à partir du 23 octobre. Le ballet Les Mirages suivra Suite en blanc.

 

Serge Lifar © Gaston Paris Roger-ViolletSerge Lifar © Gaston Paris Roger-Viollet

 

La soirée s’intitule Joyaux français. Les musiciens de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse sont dans la fosse dirigés, tout comme le plateau, par le chef Philippe Béran.

Au sujet de Serge Lifar : « S’il ne meurt pas, il va fleurir brillamment. » Serge de Diaghilev

Serge Lifar, né à Kiev en 1905, qui va fuir son pays, l’Ukraine et sa tourmente révolutionnaire, pour rejoindre Serge de Diaghilev à Monte-Carlo en 1923, intégrer sa troupe, subir la tyrannie du maître qui va le guider vers les sommets de la danse, tout en éprouvant une passion dévorante pour son talentueux “protégé“. De son côté, un jeune, pétri d’admiration pour son protecteur et formateur et qui, après avoir partagé un pan de sa vie, toute passion retombée, sera là lors de ses derniers instants, les vivant entièrement, présent dans les derniers soubresauts et soupirs, un Serge Lifar qui assurera, comme on dit, la toilette du mort, fera le nécessaire pour faire prendre le masque du mort, s’occupera des derniers instants jusqu’au cimetière dans l’île de Saint-Michel au large de la Place Saint-Marc, où Serge de Diaghilev repose depuis le 20 août 1929. Auparavant, Serge Lifar avait pris part à la dernière représentation des Ballets Russes à Vichy le 4 août 1929. On retrouvera alors le jeune prodige de la danse et futur choréauteur prolifique, à l’Opéra de Paris dès 1930 en tant que Premier danseur et Maître de ballet, jusqu’au  clash de 1958. Entre temps, trois années se seront passées à Monte-Carlo de 1944 à 1947, histoire de se faire momentanément oublier.

Sur une musique d’Édouard Lalo, tirée de Namouna, la Suite en blanc fut réglée en 1943, et resta longtemps un des ballets de son chorégraphe les plus aimés du public. À la base, Namouna est un ballet monté à l’Opéra de Paris en 1882 et qui resta longtemps au répertoire. Serge Lifar ne préféra pas le reconstituer et composa une œuvre personnelle, sans références aucunes. Version simplifiée de la riche partition de Lalo, huit études chorégraphiques sont les plus beaux fragments du ballet originel, mais elles sont dépourvues de tout lien d’action. Aucun livret, aucun scénario ne réunit ces numéros dansants destinés uniquement à mettre en valeur les qualités techniques de chaque membre du Corps de Ballet. Suite en blanc est une composition de danse pure, de “la danse pour de la danse“, avec une scène jamais vide, comme une sorte de mouvement perpétuel occupant l’espace. On a pu lire encore que Suite en blanc était en somme le dictionnaire de la danse académique de 1943, une sorte de bilan de l’évolution technique de la danse, dressé par Serge Lifar, à ce moment-là. Ce ballet n’est ici, qu’une cascade de pas éblouissants, d’enchaînements ingénieusement combinés, aux lignes droites, courbes, allongées, ne laissant pas une minute de distraction aux spectateurs.

 

Les Mirages © David Herrero
Les Mirages © David Herrero

 

En 1944, deux nouveaux ballets sont à l’affiche : Guignol et Pandore, sur une musique d’André Jolivet et, sur une musique d’Henri Sauguet, Mirages. Ce dernier, présenté en “répétition générale“ le 10 juillet 1944 avec Yvette Chauviré et Serge Lifar, ne fut créé à l’Opéra que trois ans plus tard, un 15 décembre 1947, avec Yvette Chauviré et Michel Renault, ajournement provoqué par les événements politiques du moment, ses accointances avec l’occupant étant pointées du doigt. Ce ballet, merveilleusement riche de substance chorégraphique et plastique, est classé dans la série des Ballets philosophiques de leur chorégraphe.

 

Claude Bessy et Serge Lifar dans Giselle © Studio Lipnitzki / Roger-ViolletClaude Bessy et Serge Lifar dans Giselle © Studio Lipnitzki / Roger-Viollet

 

Dans le rôle de la Femme, on relève qu’il fut mis alors en valeur par la beauté et la plastique de Claude Bessy. On peut lire : « Une Femme, jeune et belle, se montrait au loin. Après les Chimères, le duo avec la Femme, véritable chant d’amour passionné, était une des plus belles scènes du ballet. L’Homme, émerveillé, regardait la Femme se ployer entre ses bras. Dans sa variation, triomphante, il exécutait, transporté de bonheur, des soubresauts, des entrechats, des attitudes, le corps arqué, faisant des prouesses  de batterie et d’envol. Toutes les acquisitions nouvelles, dont Lifar avait doté la danse néo-classique, étaient présentées dans le pas de deux. »

Au bout de son voyage au royaume du rêve, l’Homme, qui vient d’en parcourir toutes les étapes : Mirages, Amour, Chimère, Fortune, retrouve sa compagne de toujours, son éternelle solitude. L’inoubliable crescendo final de la musique de Sauguet, qui monte au ciel comme le soleil, tandis que le somptueux palais de Cassandre se volatilise dans les airs, accentue encore la solitude de l’Homme, perdu, avec son Ombre dans l’immensité…

Certains ont écrit que Mirages était peut-être le ballet le plus poétique de Serge Lifar, le plus féerique, le plus allégorique.

 

Billetterie en Ligne du Théâtre du Capitole

Théâtre du Capitole
du 23 au 29 octobre 2019