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Mercredi 14 Novembre 2018

Quoi de neuf au Neuf Neuf ?

Par Sarah Authesserre

C’est une année en 9 pour le Neuf Neuf, festival de danse contemporaine désormais ancré dans le paysage culturel local depuis… neuf ans et qui débute ce… 9 novembre !

 

Cie Maygetsin Diamant – Christophe Legoff / Cie Maygetsin

 

Aux portes de l’hiver, voilà un festival qui réchauffe les corps et réconforte les esprits : non seulement par le rapprochement des spectateurs assis les uns contre les autres dans les salles de spectacles, mais aussi par celui opéré entre les disciplines artistiques, notamment entre la danse et le cirque. Signe manifeste cette interdisciplinarité : La Grainerie à Balma – plateforme pour les arts du cirque – a rejoint cette année la liste des lieux partenaires du Neuf Neuf, avec les villes de Cugnaux, Muret, Toulouse, Rieux-Volvestre et Peyssies.

Et c’est à La Grainerie que l’on pourra voir ou revoir « Guerre » et « C’est tout », deux des derniers spectacles de la compagnie Samuel Mathieu, mêlant danseurs et sanglistes. L’un prend appui sur l’œuvre pluridisciplinaire de Yves Klein, le second s’inspire du recueil éponyme sublime de Marguerite Duras adressé à Yann Andréa, quelques mois avant sa mort.

 

T. Jordi Galí / Cie Arrangement Provisoire © Anaïs Leixa T. Jordi Galí / Cie Arrangement Provisoire © Anaïs Leixa

 

Le Neuf Neuf est, comme à chaque édition, l’occasion de faire connaissance avec les artistes de demain. D’abord, à travers une carte blanche confiée à un chorégraphe avec des danseurs en formation. Cette année, il s’agit du danseur Jérémy Kouyoumdjian, qui en quelques 20 heures de travail élaborera avec les danseurs du 3ème cycle du Conservatoire à Rayonnement régional, une déambulation chorégraphique au Quai des arts de Cugnaux. Jérémy Koujoumdjian rejoindra ensuite Sylvère Lamotte (compagnie Lamento) dans « Ruines » : une pièce très physique dont la réflexion sur la violence puise autant dans les iconographies chrétiennes de déploration que dans les techniques de lutte moderne. Le chorégraphe et directeur artistique du festival Samuel Mathieu proposera aussi un tutorat avec les élèves du Lido (Centre des arts du cirque de Toulouse) sous la forme d’une déambulation dans Rieux-Volvestre, tandis que la nouvelle promotion de la formation Extensions de La Place de la Danse (CDCN Toulouse-Occitanie) lancera son « Commando » en première partie du spectacle de Cécile Grassin « Olo ». La danseuse et performeuse qui a fait ses armes pendant plusieurs années au sein de la compagnie Divergences dirigée par Sylvain Huc, bouscule les codes du spectacle et capture le mouvement pur dans ce (s)Olo qu’elle a imaginé et interprète comme un « concert de danse ». Sylvain Huc lui, présentera sa dernière pièce « Sujets » pour cinq danseurs. Le chorégraphe y explore de manière anthropologique les rapports de corps (nus) et les émotions et sensations qui en émergent, dans un univers plastique hypnotique fascinant. Autre artiste issu de la région Occitanie : Christophe Le Goff. Cet interprète de la compagnie Samuel Mathieu entre autres, sera à l’affiche du Neuf Neuf avec son solo « Diamant », autoportrait multiple et polysémique, entre homme, femme, enfant, animal, créature mythologique ou encore être minéral .

 

OLO • Cécile Grassin / Cie Appach © Loran Chourrau  OLO • Cécile Grassin / Cie Appach © Loran Chourrau

 

Samuel Mathieu réaffirme la fin des hostilités entre monde de la danse et du cirque, annoncée déjà lors de l’édition 2017 en dédiant une partie de sa programmation 2018 à des artistes « indisciplinés » tels que Yoann Bourgeois et Jordi Gali. D’origine barcelonaise, Jordi Gali a été interprète auprès de Anne Teresa de Keersmaeker et de Maguy Marin, entre autres, avant de fonder sa propre compagnie Arrangement provisoire avec Vania Vaneau. Dans « T » pièce de 2008, il s’intéresse à la relation entre le corps – le sien – et l’objet – pneus de voiture, poutres et pierres. Un vaste assemblage à la Tinguely, tout en équilibre, rouage et impulsion ouvre le champ à une danse au croisement du cirque, des gestes de l’artisan ou du sculpteur. Quant à Yoann Bourgeois – symbole de ce mariage entre cirque et danse – il présentera dans un double programme « La Balance de Lévité », une danse-jeu entre une machine et un corps (Marie Fonte) en gravitation dans l’espace et « Fugue / Trampoline », une déclinaison dansée de la marche sur la musique de Philip Glass « Metamorphosis n°2 » : un pur moment de grâce. À travers ces deux propositions, l’acrobate, danseur, jongleur et comédien, à la tête du CCN2 Grenoble, revendique la place du jeu dans toute pratique artistique quelle qu’elle soit.

 

Balance de Levité • Marie Fonte © Patrick Denis Balance de Levité • Marie Fonte © Patrick Denis

 

À signaler encore les présences de Anne Nguyen (Cie par Terre) et de ses huit breakeurs de « Kata », de Romain Bertet avec « Écouter Voir », spectacle pour trois danseurs et un musicien, d’Aurélien Richard, ancien collaborateur de William Forsythe mais aussi pianiste et chorégraphe qui signe « Paradis », une variation sur l’étreinte avec ici dans le rôle du couple originel : Philippe Lebhar et Nina Vallon. Et puis encore, le duo Michel Schweizer et Mathieu Desseigne-Ravel et son « Bâtards », Lionel Bègue et son solo « La Fuite », le collectif A/R en sortie de résidence à Rieux-Volvestre qui fera l’ouverture du festival avec « Déplacements »… le 9 novembre.

Une chronique de Sarah Authesserre pour Radio Radio

 

 


Cie Samuel Mathieu   •   Le Neuf-Neuf
du 9 au 18 novembre 2018
Toulouse • Balma • Cugnaux • Muret • Rieux-Volvestre • Peyssies